23 mai 2020

J’ai déjà mille fois, orpaillé les écumes,
Tamisé la mémoire et égrené les champs,
Vaincu les nuits noires, touché les firmaments,
A l’encre de mes doigts, j’ai esquissé la brume.

J’ai déjà mille fois, effleuré le bitûme,
Vomi sur les trotoirs et égaré mes dents,
Fissuré les miroirs, caressé mes amants
Et j’ai perdu la foi, mon sourire et mes plumes.

Quel oiseau de malheur suis-je donc devenue ?
Jadis me pavanais, maintenant ingénue,
Etreinte de pudeur, une creuse carcasse.

Quel est ce mois de mai dont je suis déjà lasse,
Ce printemps insolent qui nourrit ma torpeur ?
A ma vie mutilée, des songes pour préface.

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3 commentaires sur “23 mai 2020

  1. Voilà de sombre pensée si joliment illustré.
    Je ne sais si ma compréhension en est bonne, surtout à cette heure tardive…

    Le monde n’est que découverte, jamais il ne cessera de se renouveler, ce métamorphoser. Seul l’humain est limité par l’étroitesse de son regard ou la noirceur de ses pensées. Le poids de ses erreurs ou la liste de ses regrets, pourtant ce n’est que goûte dans le lit de la rivière qu’est l’existence…

    Tôt ou tard fleurisse de nouveau les espoirs, l’éveil et la curiosité… Chassant les sombres nuages, les humeurs maussade, jusqu’à ce que le cycle tourne.

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    1. BONHEUR BÊTE

       » Quand donc pourrai-je parler de mon bonheur ?

      Il n’y a dans mon bonheur aucune paille, aucune trace, aucun sable.

      Il ne se compare pas à mon malheur (autrefois, paraît-il dans le
      Passé, quand?).

      Il n’a pas de limite, il n’a pas de…, pas de.
      Il ne va nulle part.
      Il n’est pas à l’ancre, il est tellement sûr qu’il me désespère.
      Il m’enlève tout élan, il ne me laisse ni la vue, ni l’oreille, et plus il… et moins je…

      Il n’a pas de limites, il n’a pas de…, pas de.

      Et pourtant ce n’est qu’une petite chose.
      Mon malheur était beaucoup plus considérable, il avait des propriétés, il avait des souvenirs, des excroissances, du lest.

      C’était moi.

      Mais ce bonheur!
      Probablement, oh oui, avec le temps il se fera une personnalité, mais le temps, il ne l’aura pas.
      Le malheur va revenir.
      Son grand essieu ne peut être bien loin.
      Il approche.  »

      HENRI MICHAUX

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  2. C’est magnifiquement tragique… « et j’ai perdu la foi, mon sourire et mes plumes » : j’adore ce vers, même s’il amène les larmes au bord des yeux… Tu as l’air si jeune pour avoir déjà eu si mal. Ce n’est pas censé être aussi dur…

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