Il m’est coutume d’écrire différemment si un clavier effleure mes phalanges ou si la rigidité d’un stylo vient s’y greffer. Je ne sais pas faire différemment, les textes s’abreuvent de leurs supports plus que de mon esprit. Moi, je m’abreuve de tout ce qui contient de l’éthanol, manière sûre d’arriver à ma fin.
J’avais cru partiellement trouver un refuge à ma solitude dans une routine ancrée entre les cinquante mètres vacant entre son habitation et la mienne, un armistice où il semblait bon vivre et s’oublier un soir sur deux, oublier le vacarme de la solitude (qu’elle est bruyante celle-là). Il n’en est rien. Reprenons, donc.
J’ai tenté il y a deux ans une fuite en pays Ibérique, j’y ai appris comment construire des maisons en pisé, comment dormir gratuitement avec le tout-venant en échange de mon corps, un peu mieux à communiquer en espagnol aussi.
Fort aise de mon voyage, je suis rentrée en Normandie, capable de repos. Ô combien je fus fatiguée de ces mois sans lendemains. Les mêmes que je vis depuis deux ans, à la seule différence qu’ici, je connais tant des routes pavées. Elles me toisent et m’enferment depuis qu’il est parti.
Je suis rentrée dans un hall d’immeuble, vide. Son nom siège toujours sur la boîte aux lettres. Celle qui réceptionnait toute notre épistolaire, des oliviers aux gares désertées aux vipérines aux pieds ensanglantés aux heures d’absences jusqu’à nos étreintes les plus timides. Que cela est beau, peut-être lui écrirai-je une lettre à ce propos, un jour.
Que faire désormais ?
J’aimerais être le mors qui arrache sa bouche, l’étoile étiolée dont l’on se soucie enfin, la chevelure ardente que l’on caresse au crépuscule, quand enfin la lune daigne laisser place aux vivant.e.s… Je suis à peine perceptible, j’ai le relent rogomme, je suis la tégénaire que l’on chasse à l’automne.
Dans l’écrin de ma tubulaire toile, personne ne me chasse, mais personne ne m’accueille. Déjà j’aurais dévoré l’abdomen de mon mâle. Je n’en serais pas plus grosse, je n’en serais pas plus fière. Comment puis-je à nouveau respirer ? Comment puis-je à nouveau respirer ?
