08 janvier 2021

Le poids de mon ennui c’est au moins un trois tonnes et pour sûr qu’il ne passe pas sous les tunnels, certain qu’il bloque à chaque embouchure, les carambolages, c’est ma torpeur et moi. Chaque nuit je me rappelle de l’hôte que j’héberge, celui qui ne paie pas de loyer, celui qui cohabite sans ne jamais cuisiner, celui qui m’indiffère autant qu’il m’insupporte, celui qui rentre sans frapper à la porte, celui qui ne connaît que l’apathie, le dégoût et l’insomnie… Il a gravé son nom sur mon échine.


Toujours assoiffé, il s’abreuve du rosé du matin, pas la tendre et belle qui colore les brins d’herbe mais celle qui porte le nom de Grenache ou Cabernet. Il pourrait s’appeller n’importe quel amant au carré, cela serait pareil, plus grand chose ne m’émerveille. J’ai beau errer lubrique, je ne suis plus certaine que quoique ce soit ne m’excite; j’ai déjà tranché sur le flanc de mes jambes mille fois les désirs de mes attentes et désormais, je n’aspire plus à grand chose; elle est bien loin l’osmose de nos aurores, elle est suranée l’attirance de nos corps.


Je patiente alors, ô combien j’attends, chaques instants semblent si beau à cueillir et finalement, entre mes mains ils ne font que flétrir. Je n’ai jamais eu la main verte il est certain, mais pourquoi donc les bâtons de ma prison ne se transforment guère en jardin ? Je voulais des champs de tournesols pour conter le bel été, les bancs de sables pour rappeler Montpellier, les palabres ibériques pour un peu d’exotisme, les orgasmes colériques pour chanter de vive voix. Je n’ai que l’écriture et elle seule sait combien de peine j’endure à aligner ces mots. Je ne m’abreuve de rien d’autre que de Roche Mazet.


Mon ennui est tenace et prend de la place. Au moins autant qu’un invité indésirable qui emprunte le canap’ quand tout le monde ignore encore à minuit de qui il s’agit. Et il se réveillera demain, infatiguable et toujours partant pour boire, c’est celui qui vide le fond des bouteilles à défaut d’aider à ranger. On dirait moi. Nous sommes peut-être synonymes après-tout.


Ainsi mon ennui je l’ingurgite, je lui laisse peu d’espace de manoeuvre et pourtant, jour après jour il me désoeuvre. Dictez-moi comment faire fleurir les jours. Je m’inspire des rêves greffés à vos nuits mais pas un n’éclaire ma lanterne… Et il serait bon l’éteindre, j’ai besoin de dormir à défaut d’étreindre des soupirs.

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s